Lettre conjointe de la Coalition EAAM adressée à la Ministre Française de la Transition Ëcologique, Barbara Pompili

Source: https://eaam.org/wp-content/uploads/2020/12/2020_11_02_5-Assn-Cetaceans-letter-FR-Minister_FR_Final-all-signatures.pdf

Madame la Ministre de la Transition Ecologique,

L’Association Européenne des Zoos et Aquarium (EAZA), l’Association Européenne pour les Mammifères Aquatiques (EAAM), l’Association Mondiale des Zoos et Aquarium (WAZA), l’Association des Zoos et Aquarium (AZA), et l’Alliance des Parcs Marins et Aquarium (AMMPA) représentent une vaste partie des meilleures institutions zoologiques du monde qui se distinguent par leurs activités de conservation, de recherche et de pédagogie à l’échelle locale et internationale.

Nous vous écrivons pour vous demander de reconsidérer votre annonce du 29 Septembre 2020 proposant d’interdire la reproduction des cétacés dans les zoos et aquariums français. Si cette décision venait à être appliquée, les conséquences pour les actions de protection de la biodiversité à la fois in situ et ex situ en France et pour les spécialistes français qui les mènent seraient négatives et susceptibles de compromettre le bien‐être des animaux concernés.

Sous l’égide de la Convention sur la Diversité Biologique (CBD), tous les participants, dont la France, se sont engagé à participer à des mesures de conservation ex situ en complément de mesures in situ (i). L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) définit la conservation ex situ comme étant celle impliquant des animaux hébergés dans des conditions artificielles sous des contraintes différentes de celles qu’ils rencontrent en milieu natural (ii). La conservation Ex situ est un élément clef d’une approche au sens large et intégrée de la conservation et constitue le noyau dur structurant la plus grande partie des activités entreprises par les professionnels des zoos et des aquariums.

Ces zoos et ces aquariums sont reconnus comme les leaders des mesures ex situ de protection de la biodiversité par des organismes tels que la Convention des Nations Unis sur la Diversité Biologique (iii) La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (iv), l’UICN2, l’Académie Pontificale pour la Science (v), l’Union Européenne (vi) et beaucoup d’autres bureaux ou institutions dédiés à la préservation de la biodiversité.

Les connaissances développées sur la gestion ex situ des cétacés, provenant des expertises acquises dans les zoos et les aquariums, sont essentielles pour garantir un avenir aux espèces de dauphins et de marsouins menacées d’extinction. Un récent rapport de l’UICN souligne le besoin urgent d’une intervention précoce de ces mêmes spécialistes de la protection de la biodiversité ex situ pour sauver certaines espèces. Il note que l’absence de telles actions à des moments clés a déjà conduit directement à la disparition du dauphin du fleuve Yangtsé (Lipotes vexillifer) et à la probable prochaine extinction du marsouin Vaquita (Phocoena sinus). Nous pensons donc que supprimer toute possibilité d’agir ex situ pour la conservation de ces espèces, comme pour d’autres, serait une grave erreur. Cette possibilité implique par définition la poursuite de la reproduction des cétacés, une part indispensable de leur expérience de vie.

En éliminant progressivement les cétacés des institutions françaises par une interdiction de la reproduction, le gouvernement français prive le pays de la possibilité de s’impliquer dans ces efforts de conservation pour sauver les espèces de dauphins les plus menacées aujourd’hui ou celles qui pourraient l’être demain. Bien qu’il n’y ait actuellement aucune menace d’extinction immédiate pour les grands dauphins (Tursiops truncatus), d’autres espèces ont connu une diminution aussi importante qu’inattendue de leurs effectifs à l’état sauvage et ce sur de très courtes périodes (par exemple, 60% des populations de girafes sauvage ont disparu au cours des deux dernières décennies).

La population de grands dauphins (Tursiops truncatus) en Europe est gérée par l’EAZA dans le cadre des Programmes Ex Situ de l’EAZA). L’EEP pour les grands dauphins est, parmi ces programmes, un des plus réussis et a permis l’existence d’une population démographiquement et génétiquement autosuffisante à long terme en Europe. Alors que ce programme fonctionne très bien, en exclure les 29 dauphins hébergés dans les institutions françaises (11% de la population de l’EEP) rendrait la situation globale précaire. Nos associations s’opposent fermement à l’élimination de populations d’animaux en leur interdisant la reproduction, car elle compromet le bien‐être d’animaux de plus en plus isolés au fur et à mesure que leur groupe social disparaîtrait.

Nous ne disposons pas des capacités pour accueillir les animaux Français dans nos structures, et nos associations s’opposeront vigoureusement à toute tentative d’envoyer ces animaux vers des institutions ne garantissant pas le niveau de bien‐être sécurisé pas nos standards. De plus, aucun animal actuellement hébergé au sein des institutions françaises ne peut être relâché dans l’océan et il n’y a pas de mandat ou de raison valable pour entreprendre une telle action, et un tel relâché présenterait des risques graves pour chacun des animaux et pour les populations de cétacés sauvages. Si la décision annoncée devait être mise en œuvre, l’espérance et la qualité de vie de ces animaux seraient sévèrement diminuées en contradiction avec la volonté de l’opinion public française de garantir le bien‐être des animaux concernés.

L’attirance pour les cétacés, comme en témoigne le grand nombre de visiteurs dans nos institutions zoologiques, nous permet réellement et concrètement de sensibiliser le public à la protection de la biodiversité et permet de provoquer un changement positif des comportements en faveur de la conservation.

Bien que ces espèces charismatiques soient très populaires, il n’existe aucune base solide pour réglementer la détention et la reproduction des cétacés d’une autre manière que celle des autres espèces. Comme la Commission européenne l’a confirmé à plusieurs reprises, les cétacés ne sont pas exclus et sont soumis aux mêmes règles que tout autre espèce dans le cadre de la directive sur les zoos (vii).

La protection des cétacés, comme toute les autres actions de protection de la nature, traversent une phase critique, et nous exhortons le gouvernement Français à permettre aux zoos et aquariums français de continuer à jouer leur rôle dans ce contexte. Si vous souhaitez de plus amples informations concernant les actions de conservation, celles en faveur du bien‐être ou de la recherche scientifique au service des cétacés, n’hésitez pas à nous contacter. Tout comme vous, nous pensons que le bien‐être des cétacés confiés à nos bons soins est une question de la plus haute importance d’un point de vue autant éthique que scientifique. Nous nous mettons à votre entière disposition pour atteindre et garantir cet objectif.

Veuillez accepter, Madame la Ministre, mes plus respectueuses salutations.

Dr Thomas Kauffels (EAZA Chair), Dr Renato Lenzi, (EAAM President), Prof Dr Theo Pagel (WAZA President), Dan Ashe (AZA President and CEO) and Kathleen Dezio, (AMMPA President and CEO)

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